Sédentarité! Cet article ne parlera (presque) pas de voyage. Ça me fait drôle, mais c’est notre petite routine que je
vais raconter, pendant que je me les gèle couché dans mon sleeping-bag (j’y reviendrai). Alors, Louis il est à Osh, mais… Comment c’est ça, Osh? Ça sonne comme un gris de douleur (ouch!). Ben,
c’est franchement pas si pire. Voire même plaisant. En fait, comme m’a dit un de mes amis pakistanais, faut y faire son bonheur… parce qu’elle ne le donne pas directement. Et faut être honnête,
c’est vrai que ce n’est pas un hymne au génie artistique humain! Ça me rappelle un peu Mont-Laurier, en plus dense. Bon ok, le centre-ville est bien, avec son aspect de ville coloniale russe,
mais à part ça, le béton domine! Mais bon, au final, ce sont les gens qui font une ville et pas ses matériaux de construction. À ce niveau, ça va mieux, car c’est une ville étudiante. C’est donc
plein de jeunes! Et c’est étrange, car ils amènent leur énergie, leurs rêves et leur envie de changement à un monde que je trouve pas mal conservateur… sur fond d’intense malaise ethnique.
Intéressant.
Mais bon, moi, j’y fais quoi? En fait, c’est une des raisons pour les délais dans l’écriture de cet article. Je voulais
avoir une nouvelle à annoncer. Et bien, TARATATAM! Pas de nouvelles. En fait, j’ai passé plus ou moins un mois et demi à chercher un emploi, à visiter toutes les universités, plein d’écoles…et à
obtenir sans cesse des avis enthousiastes, intéressés… et à éventuellement me river le nez à la bureaucratie. Enseigner l’histoire à l’université? Oui pourquoi pas… bénévolement. Pas de soutien
visa. Ou alors, attend 2013, nos quotas d’étrangers s’ouvrent. Bon, pas d’histoire… Enseigner les langues? Même problème. Bon, tant pis pour les universités, je me rabats sur les écoles. La
directrice blasée de l’une semble offrir une opportunité : après une semaine de visites (école-immigration-reécole-reimmigration-rereécole-ministère de l’étucation-rerereécole-reministère de
l’immigration-reimmigration), j’en conclus qu’avec une certaine lettre, je pourrais enseigner l’histoire kirghize, ou il y a justement un poste vacant. Ben oui, bon diplôme est en histoire, alors
pas question d’enseigner l’Anglais! Comme si j’étais plus qualifié en histoire locale… Bon, le salaire me rebute un peu, car avec une seule charge d’enseignement, ça tourne autour de 50$ par
mois… En plus, c’est pas certain que toutes ces démarches me permettent d’obtenir le fameux visa long terme. Personne ne semble savoir en fait. Au final, je n’ai pas eu à choisir, car c’est à ce
moment que je suis rappelé par l’Aga Khan school, L’ÉCOLE d’élite d’ici. Ils ont besoin d’un prof d’Anglais! En plus, le directeur est vraiment sympathique, on me donne un tour guidé de l’école.
C’est dans la poche? C’est ce que je me suis dit! Seulement faut attendre après Noel, car l’embauche doit être inclus dans le prochain semestre et bla bla bla. Et le grand boss va venir à Osh et
il me faut le rencontrer. Bon, ok pas de troubles. Passe les vacances (j’y reviendrai), et je rerencontre tout ce beau monde. Grand boss en retard, la semaine prochaine, on te rappellera… J’en
suis toujours à ce point (bon, en fait j’ai simplement fait une croix là-dessus. Tant pis pour leurs 150$ par mois!). Complètement dégouté du processus de recherche d’emploi moi…
En fait, il y a eu un moment où je capotais un peu. Je veux dire, jouer à Civilization 5 et faire le tour de Dragon Age
1 et 2, c’est bien, mais je ne me suis quand même pas arrêté ici pour ça! Bon, heureusement il y a Karen qui est au fait la vraie raison de mon arrêt et ouf, de ce côté-là je ne regrette rien!
J’ai un peu l’impression de ne pas lui avoir fait justice dans ce blog. C’est une personne fantastique, pleine de dynamisme, capable de me motiver (ça c’est tout un signe!), de rêver avec moi,
qui aime la vie dans tous ses petits détails, qui se fout du maquillage (3 fois seulement dans sa vie, dont deux pour des concerts!), qui parvient presque à en rajouter quand je me lance
dans des trucs un peu extrêmes (monter une montagne trop à pique/faire du camping d’hiver)… Ce voyage est déjà probablement l’expérience la plus intense (bon ok, une des) de ma vie, mais de
l’avoir rencontrée, ça en rajoute une méchante couche! Je suis vraiment content de ne pas avoir fait le con en poursuivant vers l’Inde, seul…
Alors, comme je disais, j’ai eu un petit moment de déprime. C’est franchement pas cool de n’avoir rien devant soi (pour
les 6 prochains mois en tout cas). Heureusement qu’il y a mes cours de violon! J’en ai d’ailleurs finalement trouvé un, je peux m’entraîner à la maison (ou plutôt, ruiner les chansons de Karen
par mes pratiques mono sonores!). Pas vrai, je joue maintenant vive le vent! Bon, pour revenir à l’emploi… Puisque personne ne semble avoir la capacité bureaucratique de m’engager, qu’à cela ne
tienne! Je serai mon propre patron. Je me suis mis à la recherche d’étudiants au privé… Et ça marche! Mes petites annonces collées un peu partout en ville (et bon, surtout, l’aide de
Steeve, directeur canadien d’une école de langue qui me réfère tous ceux qui veulent des cours privés!) ont porté fruit! J’ai en ce moment quatre élèves qui m’occupent en moyenne 3-4 heures par
jour. Deux d’entre eux viennent carrément chaque jour! C’est un bon défi, ça me force à revoir toute ma grammaire anglaise! Mais au moins, c’est vraiment intéressant. Et ça paie le loyer… et même
plus. Ça se prend bien!
Car, parlant finance, nous avons eu une bonne soirée déprime lorsque nous avons considéré la faisabilité de nos projets
futurs… Avec pas d’argent du côté de ma copine et un prêt étudiant à rembourser pour moi, il faut planifier! Alors bon, on essaie de mettre assez de côté pour se rendre à notre prochaine
destination de vie, le Caucase. Où on souhaite s’arrêter encore plus ou moins un an… On hésite encore, mais l’Abkhazie ou le Nagorno-Karabakh nous tentent! Y’a bien que Karen qui puissent
favoriser systématiquement les zones séparatistes non reconnues… Enfin, on verra le moment venu! En fait, cette expérience d’enseignement me donne plein d’idées et une envie de plus en plus
grande de lancer un truc à moi… Comme j’ai le temps de planifier d’avance cette fois, j’y réfléchis!
Sinon, la vie quotidienne suit son cours : on a un appartement, en fait le deuxième puisqu’on a déménagé fin
janvier! Notre ex-propriétaire voulait nous augmenter après seulement 2 mois sous prétexte de ‘’c’est la nouvelle année!’’. Tant pis, nous on se pousse. On ne regrette pas, car en plus d’être
moins cher, notre nouvel appart est vraiment centre-ville! Tout est proche, à pied. Et je peux y enseigner. ET! Pas de moisissure cette fois-ci! Bon évidemment, l’électricité est capricieuse
(rien de plus demandant qu’un ordi portable, ou gare aux étincelles!), il y a des crottes de souris et IL FAIT FROID. En fait, on a une sorte de chauffage central, contrairement à l’appartement
précédent, mais ça ne fournit pas et il est ici impossible de brancher notre petite chaufferette. Nous subissons en ce moment une vague de froid quasi record pour Osh… Je vous dis, -20 quand il
n’y a pas de chauffage… Je dors dans mon sleeping-bag+couvertes et j’enseigne avec mon manteau et ma tuque! Bon, ça commence à réchauffer et apparemment dans deux jours il fera enfin beau! En
contrepartie, ici, nous avons un chauffe-eau assez gros pour pouvoir prendre une douche (contrairement au premier appart!), le gaz n’a pas coupé encore et l’électricité seulement quelques fois!
Du luxe je vous dis! Au final, on l’adore, alors c’est ce qui compte. Et surtout : les proprios habitent LOIN. On peut recevoir des couchsurfers! Notre premier a d’ailleurs été un
Québécois!! Pierre a passé 2 fois 3 nuits avec nous, c’était vraiment cool d’entendre l’accent de chez nous, car honnêtement, j’ai des moments fous d’ennui…
Bon aller, encore deux anecdotes à raconter et je vous laisse! La première concerne le temps des fêtes. À peu près deux
semaines avant Noel, on a été pris d’une intense nostalgie… Eh oh, ça fait neuf mois que je suis parti et je n’avais qu’une envie, fêter avec ma famille et mes amis! Alors, dernière minute, on
décide qu’il n’est pas question de laisser passer Noel comme si de rien n’était. Difficile, dans un pays où ce n’est pas célébré et où tous les expatriés qu’on connait sont partis célébrer ça
dans leur pays natal… Bref, on décide d’organiser un party : nos trois amis Pakistanais (ils sont légion ici, étudiant en médecine après avoir échoué les examens ridiculement stricts de leur
pays. Selon nos amis, c’est autour de 99% des applications qui sont refusées…), une Kirghiz, un Ouzbek… et deux Français rencontrés par hasard la veille dans un café internet! Soirée mémorable,
trilingue, sans alcool ni cochon! Enfin, les occidentaux de service se sont tout de même préparé un petit vin aux épices (à la grande inquiétude de Zia, Pakistanais, qui est venu me demander
discrètement si je n’allais pas oser lui en offrir… Car il lui aurait fallu alors refuser mon hospitalité, sacrilège! Je l’ai rassuré!). Et de jouer à mafia jusqu’à la naissance du p’tit
Jésus! Bon, pour le nouvel an, on est resté calmes à regarder les feux d’artifices à même notre fenêtre. Ici, tout le monde en achète et les font exploser dans les ruelles… Nous avons assisté à
plusieurs tirs sur les arbres/maisons/voitures… et très près des enfants! Aux nouvelles, ils ont parlé d’une vingtaine de feux et d’un nombre équivalent de blessés. Dangereux, les célébrations!
C’était beau, par contre!
Dernière histoire maintenant, promis! Comme Karen avait des vacances pour le nouvel an, nous avons décidé de reprendre
l’instinct d’aventure l’espace de quelques jours. Nous sommes donc partis pour la réserve de Sary-Chelek qui héberge un superbe lac, paraît-il. L’idée, c’était de passer quelques à marcher avec
sac-à-dos. Bon déjà le premier, jour, on est pris en pitié par Kuba qui finalement nous prend dans sa voiture et nous amène chez des connaissances à lui au village de Sary-Chelek, juste avant la
réserve. Superbe rencontre, au final! Même s’il était le seul à parler Russe… En chemin, il nous pointe aussi une série de grottes… La région est riche en charbon et comme le travail manque,
certains ouvrent des mines à même la route… Inutile de dire que certains de ces tunnels s’écroulent chaque année…
Le lendemain, après une nuit au froid (leur maison chauffée étant surpeuplée, nous sommes allé dans la maison d’été. Au
moins, ça protège du vent!), nous partons vers la réserve. Chaque personne rencontrée durant ce voyage (sans exception je vous dis) tente de nous faire rebrousser chemin : revenez en été!
C’est laid en ce moment! Fait trop froid! Y’a pas de route! Bref, on continue. La route s’arrête, mais une piste de cheval poursuit dans le parc. 18 kms avant le lac! Au bout de (une douzaine
selon moi, 8 selon Karen!), nous nous arrêtons. Il y a un petit col et les chevaux de viennent plus… ne reste que les sporadiques pistes de chevreuils. Je tape le chemin, de la neige jusqu’aux
genoux. Mais on est récompensés : on a vu un caribou/renne! Fatigués, on décide de camper. En fait, la météo annonçait un redoux, donc il ne fait pas si froid : autour de 0 le jour et
-10 la nuit. Et heureusement! L’objectif, c’était de nous rendre au lac le lendemain et revenir dormir au même endroit. Donc, aller-retour en trois jours. Mais bon, la nuit était froide, ma tente
une place en moustiquaire laissait entrer le vent et… débutants, nous avons laissé nos bottes à l’EXTÉRIEUR de la tente. Erreur. Une heure et demi à les masser au matin pour parvenir à les
enfiler… On décide de s’en retourner. Tant pis pour le lac, on reviendra! On est déjà les premiers touristes à venir l’hiver, de toute façon… On revient donc sur nos pas le moral quand même
élevé. Et c’est là que ça chie. On tombe sur les gardes du parc (croisés la veille, mais ils n’avaient alors rien dit) qui nous ‘’informent’’ qu’il est interdit de dormir dans le parc. Ils
confisquent même nos passeports (erreur de débutant, plus jamais je ne montre même mon passeport à un officiel en dehors d’un bureau!). Bref, on redescend de notre côté, fâchés contre eux et
contre nous même, et inquiets… En bas, on nous prépare un procès improvisé : effectivement, il y a un règlement qui interdit de dormir dans le parc. Le directeur est encore pas si pire, mais
l’autre connard de garde qui nous regarde avec son petit air faussement désolé/moqueur… Et voila l’amende. Dans les 80$, quand même! Soir trois fois le salaire minimal mensuel kirghiz, fois deux,
plus les droits d’accès qu’on avait pas payés. Encore, ça allait encore. Là où ça devient ridiculement con, c’est que, pour éviter qu’ils ne voient combien d’argent nous avions, je sors d’avance
le montant et le met dans ma poche de manteau… pour réaliser une fois à la caisse qu’il n’est plus là! Bref, on a payé deux fois parce que je suis parvenu à perdre 4000 soms… Évidemment, personne
ne l’avait vu traîner, ça c’est bien certain!
Bref, un peu sonnés, on décide qu’on est prêts à tout pour ne pas passer la nuit dans ce village de * »$%?!.
Tiens, marchons toute la nuit jusqu’à l’embranchement principal et, au matin, on prendra un minivan! Heureusement, on se calme graduellement et, comme le soleil se couchait, Kuba nous rappelle et
nous indique d’autres connaissances à lui sur le chemin! On passe finalement une superbe soirée chez un couple kirghiz. Au chaud, enfin! Lui est ingénieur méchanique, elle est économiste… mais
ils vivent de leurs 4 vaches et 12 moutons depuis la chute de l’URSS. De l’emploi, il n’y en a pas dans les villages, alors ils font tout eux-mêmes, sauf la farine qu’ils paient avec l’argent de
la vente des noix qu’ils récoltent à l’automne. Vivre avec plus ou moins 300$ par année… et encore trouver la possibilité d’héberger le premier couple venu! Merci, sincèrement. Sinon, moment
cocasse de la soirée : après avoir raconté notre rencontre à Karen et à moi, je demande à la dame : Et vous, comment vous êtes-vous croisés? Car ils formaient un super couple, vraiment
complice! Et elle de répondre : Ben il m’a kidnappé et je me suis dit qu’il n’était pas si pire, alors je suis resté! Bon, dans son cas elle le connaissait déjà et ça a fonctionné, mais
cette tradition de l’enlèvement des femmes pour les marier, ça cogne dans mes valeurs quand même! Et bon, on m’a bien prévenu de garder un œil sur Karen, tant que je ne l’aurai pas marié (ce que
tous m’empressent de faire au plus vite, évidemment!)
Finalement, le lendemain, on marche jusqu’au carrefour de Kara-Djigach. C’est jour de marché hebdomadaire et les
saoulons sont partout… On est invités à y dormir, mais on préfère tenter le retour. On fait donc du pouce… et on tombe sur un Kirghiz vivant en Russie et revenu pour des funérailles, qui nous
prend en affection. Car ‘’le pouce pogne pas’’ et notre retour se transforme en périple! On tombe éventuellement sur un autre Kirghiz-russe revenu pour mortalité (drôle d’ambiance) qu’on baptise
Père Noel (car il passait son temps à nous acheter du chocolat, des colas, une brochette de poulet dans un café…). Et de la vodka, évidemment! Nos deux Russes sombrent tranquillement dans
l’ivresse, tandis qu’heureusement, le neveu du deuxième conduit sobrement! Car on passe en pleine tempête de neige qui rend le col… stressant… surtout que mon voisin saoul me parle du destin et
de la fin du monde de 2012 sans arrêt! Éventuellement, 8 heures plus tard, on arrive à Uzgen, ou nos deux compagnons s’arrêtent… mais pas avant de nous avoir trouvé une voiture (il est maintenant
minuit). Surtout, notre nouveau chauffeur est champion kirghiz de lutte et fortement nationaliste. Donc anti Ouzbek. Donc potentiellement anti étrangers. Opération charme enclenchée! Après deux
heures ensemble, il nous adorait. Non parce que, qui n’aurait pas aimé ce couple marié, croyant et adepte de la division sexuelle du travail? Bon, ok, si on avait été le jour, j’aurais sûrement
défendu mon point de vue, mais à cette heure, je voulais juste arriver chez moi en santé! Et heureusement qu’il nous a laissé à notre porte, car Osh, passé une certaine heure, c’est un peu… euh…
crade. Déjà, il n’y a pas de lumière dans les rues, sauf les deux artères principales…Bref, on était heureux de retrouver notre appart!
Bon ben eille, je suis à jour!!!! Miracle. Au final,
c’est très positif, c’est simplement une autre forme de voyage… ou de vie?